|
![]() |
Actualité |
La famille sacrée Spectacle de danse traditionnelle de l’Inde du Sud.
Un jour, les dieux vinrent supplier le Créateur de créer un cinquième véda (livre sacré) pour rendre la Connaissance accessible à tous les hommes.
Celui-ci recourut au yoga, se remémora les anciens Védas, et composa le premier traité d’art dramatique.
Le chemin vers l’Inde : Dans le précédent spectacle de la Compagnie l’Anthéridie « Le Seigneur du Sommeil »,nous avons amené sur scène deux mythes fondateurs de la culture indienne et mêlé le théâtre occidental à la danse théâtre indienne. Nous continuons notre chemin vers le cœur de l’Inde : ses traditions et ses richesses ancestrales.
Le but est toujours le même : apporter la richesse de la culture millénaire sous une forme audible et compréhensible pour un public occidental. Dans « La famille sacrée », nous nous attachons à rendre accessibles des danses-théâtres classiques rapportées directement de l’Inde. Pour
cela nous créons une unité dans le contenu, contons les
histoires qui se jouent sur scène et donnons les clefs de
signification d’une manière poétique et
merveilleuse. L’unité du contenu : En Inde, les artistes présentent successivement et sans transition plusieurs danses. Ils ne donnent que peu ou pas d’explication sur le sujet même si celles-ci sont chantées dans une langue que les spectateurs de maîtrisent pas (sanskrit,tamoul, malayalam, hindi, …). Mais le public, là bas, ne ressent pas cela comme un manque puisque qu’il connaît déjà les thèmes et les dieux : Les Indiens parlent des mythes au quotidien. En dansant ces danses en France nous les sortons de leur contexte et de leur culture. Le danger est, ou de les vider de leur sens, pour en faire de l’esthétique pure, ou qu’elles soit ressenties comme hermétiques Pour éviter cela, nous n’abordons pas, comme en Inde, des histoires diverses avec de nombreux dieux. Nous nous concentrons sur une seule famille, la plus célèbre et la plus vénérée.
Les mythes : Nous avons déjà parlé de l’amour de Shiva et Parvati dans « Le Seigneur du Sommeil ». Dans « La famille sacrée » les fils Ganesh et Skanda viennent prendre place à leur coté. Les histoires de cette famille sont assez nombreuses et extraordinaires pour nourrir des milliers de spectacles en Inde. Nous n’avons pas l’ambition d’en faire le tour. Nous les présentons de façon poétique et théâtrale pour amener le rêve en gardant un certain mystère.
Un jour, Shiva dit à ses fils : « Celui qui, de vous deux, aura le premier fait le tour de l’univers, se mariera. » Skanda partit sur son paon…Ganesh, lui, regarda la souris qui le transportait … La danse est aussi le révélateur de la relation qu’ont les hindous avec leurs Dieux. Il n’y a pas de tabou dans les mythes indiens : on peut rire d’un dieu, en tomber amoureux, lui faire des reproches. On a le droit d’être humain face à eux, avec nos faiblesses et nos passions. Les mythes sont faits pour nous les hommes, pour nous révéler à nous mêmes.
Petits intermèdes théâtraux :
Skanda, le dieu à six têtes, deuxième fils de Shiva et Parvati … Skanda, juché sur son paon parcourait les trois mondes, s’arrêtant dans tous les temples. Son frère Ganesh, plus faible et plus gros, réfléchit…
Le langage : Les expressions du visage, même stylisées à l’indienne, sont évidemment bien compréhensibles. Le visage est très expressif dans la danse indienne. Les sentiments sont excessifs et passent vite d’un extrême à l’autre. Le regard est précis et participe au mouvement au même titre que les pieds ou les mains. Tout ceci rend cet art très vivant. Les mudras sont un langage chorégraphié des mains. Les gestes sont signifiants et d’une grande précision. Avec les mudras et le jeu théâtral, l’acteur-danseur dit et joue ce que les chanteurs chantent. « Là où va la main se pose le regard ; là où va le regard se dirige l’esprit ; là où se dirige l’esprit surgit un état d’âme ; de l’état d’âme jaillit le sentiment essentiel. » devise de la danse et du théâtre indiens.
Pourquoi séparer ainsi la parole et le geste ? Il y a deux raisons à cela. La première est d’ordre pratique : il est physiquement très difficile de chanter et de danser en même temps ou dans un même spectacle. La seconde raison, qui est toujours avancée, est plus spirituelle : la danse est pratiquée comme un yoga. Le langage corporel est un chemin vers la libération en faisant entrer le silence dans l’intellect. Les mots sont une langue plus culturelle que celle du corps et nous replonge dans le mental. Comme l’acteur-danseur exécute une danse sacrée, qu’il doit être en rapport avec l’âme universelle, celui-ci ne peut utiliser un langage qui le ramènerait à son mental, c'est-à-dire à son égo. Il doit dépasser son moi. C’est pourquoi le langage des mudras est un langage sacré utilisé dans les danses-théâtres ainsi que dans les prières des prêtres Brahmans. Dans les intermèdes théâtraux je relie le langage gestuel des mudras et la parole pour en révéler la signification, qu’ainsi, pendant les danses le public comprenne ce langage.
La danse indienne et les mythes : Nous avons tous, à travers le monde, besoin de rêves et d’histoires. La danse dépasse le corps quotidien en défiant les lois de l’apesanteur, en s’accordant avec les rythmes divers du cosmos. La danse transcende le corps quotidien. Et c’est pourquoi, dans beaucoup de cultures, elle est le moyen de communication avec un autre monde (celui des dieux, des démons ou des ancêtres). Nous avons peut-être perdu cette origine en occident au profit de l’esthétique pure. On dit en Inde que les Dieux nous jouent une pièce de théâtre pour nous montrer la voie, pour nous aider à travers nos doutes et nos douleurs. Alors les danseurs-acteurs indiens font de même avec le public, jouent et dansent pour nous découvrir à nous même.
Le sacré, c’est également le lien. Celui avec les Dieux pour les hindous, mais aussi celui avec soi-même, avec le public, avec le monde et ses lois physiques ou cosmiques.
Dans cette pièce, je souhaite que la danse ou danse théâtre indienne soit un lien avec notre monde intérieur : nos rêves, notre imaginaire, nos désirs, nos souffrances, notre spiritualité… Un pont entre deux cultures.
Conception et réalisation : Lucile Hannesse |
|